Mouillages en Grèce

Pour nous marins de l’Atlantique et du plateau continental, habitués aux marées et aux mouillages par faible profondeur, ici c’est le choc !

Ça commence au niveau de la baille à mouillage avec 80m de chaîne, alors qu’en Bretagne quand on en a déjà 40m c’est le plus souvent largement suffisant. Et les guindeaux électriques ne chôment pas !

Mouiller dans les ports, vraiment ?

J’ai toujours entendu que c’était interdit, presque un péché mortel, que les fonds des ports sont pleins de vieux câbles, chaînes et autres et qu’on y laisse facilement son ancre si par mégarde on ignore cet interdit. Eh bien, ici c’est permis et même indispensable.

Lors de nos précédentes aventures en Méditerranée, que ce soit en France ou en Croatie, nous avions déjà utilisé fréquemment le système des pendilles : on s’amarre cul à quai et on utilise une amarre ancrée (le plus souvent frappée sur une chaîne-mère) à 15-20m du quai – la pendille – pour se maintenir à 1-1.5m du quai. On débarque ensuite en utilisant une passerelle, le plus souvent rudimentaire sous la forme d’une planche. En anglais, les pendilles sont les “lazy lines“, c’est tout dire.

Ici en Grèce, nous n’avons eu des pendilles qu’à Athènes et à Parikia sur Paros (et encore seulement du côté intérieur du quai).

Le plus souvent, il faut mouiller (jeter l’ancre) directement dans le port, qui est souvent minuscule. Au bout de trois semaines, on a pris l’habitude, mais la première fois, dans le tout petit port de Kythnos déjà assez plein et avec 20 noeuds de vent, on a été contents que ça se passe bien du premier coup.

Le port de Kythnos ! Notre voilier est amarré au quai à gauche sur l’image. Pour venir nous amarrer là, nous avons mis notre ancre presque au niveau des bateaux de pêche amarrés à l’autre quai à droite de l’image, et culé en laissant filer notre chaîne, en visant une place libre entre deux bateaux déjà à quai. Quand le port est plein, il faut imaginer autant de lignes de mouillages au milieu du port que de bateaux.

La principale difficulté est d’éviter que les ancres et leurs chaînes ne se mélangent. Pas plus tard qu’hier soir à Poros, nous avons vu un voilier relever son mouillage en voulant quitter le port, et dans son ancre, il avait gagné le gros lot en pêchant la chaîne d’un autre bateau ! Heureusement, il n’y avait pas de vent, mais le risque de ce genre de problème, c’est de faire chasser (décrocher) l’ancre d’un bateau qui n’avait pas du tout envie de partir, et de le mettre dans une situation où il aurait lui aussi besoin de sortir de sa place, de re-mouiller, etc. A Hydra, où le seul port de toute l’île est minuscule et bondé, les voiliers mouillent sur 3 rangs (un premier rang “cul à quai”, un second rang qui s’amarrent par l’arrière aux étraves des bateaux du premier rang, et un troisième rang encore devant les bateaux du second rang !) et cela donne lieu paraît-il à des méli mélo d’ancres et de chaînes lors des départs. La météo étant clémente, nous avons préféré aller mouiller dans l’anse de Mandrika, bien tranquillement !

Dans le port d’Hydra – à l’arrière-plan on voit 3 catas l’un derrière l’autre !

Pourquoi mouiller et s’amarrer à terre

L’autre différence saisissante entre la Bretagne et la Méditerrannée, ce sont les profondeurs à proximité immédiate des côtes. A Hydra, nous avons mouillé dans la baie de Mandraki, et au milieu de la baie il y a 30 à 40m de fond. A titre de comparaison, ci-dessous une carte de la baie des Grands Sables à Belle-Ile – on y mouille par 2m de fond + hauteur de la marée, donc par 3 à 6m environ. Si on mouille plus au large on n’est plus abrité, mais on n’a toujours que 15-20m de fond, pour trouver 40m il faut aller vraiment loin !

Pour comprendre la conséquence de ces grands fonds en Méditerranée, revenons au principe de fonctionnement d’une ancre : c’est un crochet, un soc de charrue, qui est fait pour s’enfoncer dans le sable ou la vase. Mais pour que l’ancre puisse s’enfoncer, il faut que la traction sur l’ancre se fasse horizontalement, parallèle au fond : si on tire vers le haut, l’ancre se décroche du fond – c’est d’ailleurs ce qui permet de remonter l’ancre ! Pour que la traction du bateau se transmette à l’ancre correctement, il faut donc une grande longueur de ligne de mouillage. Le fait d’utiliser de la chaîne (lourde) aide beaucoup, mais la règle dit qu’il faut quand même utiliser 3 à 4 fois la hauteur d’eau en chaîne pour assurer la tenue d’une ancre. Donc pour mouiller par 30m d’eau, il faut 90 à 120m de chaîne. Même si on avait à bord cette quantité de chaîne (on n’a “que” 80m de chaîne, en diamètre 8mm, qui pèse environ 1.4kg/m), la conséquence est que si le vent tourne, le bateau va tourner autour de son ancre et décrire un cercle de 180 à 240m de diamètre. Si on est tout seul, ça va, mais rapidement il n’y a plus de place ou alors il faut être sûr que tout le monde va bien tourner au même moment et dans la même ampleur !

La solution vient dans le fait qu’en plus d’avoir des eaux profondes, les côtes de la Méditerranée sont souvent franches : ça remonte vite sur les bords. On mouille alors dans 20m d’eau, et on cule en déroulant sa ligne de mouillage et on passe des amarres à terre, que l’on frappe soit sur des rochers ou des arbres, soit sur des anneaux prévus pour à certains endroits.

Dans la baie de Mandraki, à Hydra, les profondeurs au milieu de la baie sont très importantes : 30à 40m au milieu
L’anse des Grands Sables à Belle Ile – mouillage de très beau temps dans la zone bleue foncée (moins de 5m de fonds + hauteur de la marée)
Mouillé et amarré à terre à Mandraki sur Hydra

La seule difficulté de cette manœuvre est que si le vent n’est pas dans la direction de la côte où on souhaite s’amarrer, il faut maintenir (en manœuvrant au moteur) le bateau à proximité de la côte le temps d’aller passer au moins une amarre à terre, en annexe ou à la nage. Avec notre équipage réduit, c’est le plus compliqué. Nous n’avons pour l’instant utilisé cette technique que 2 fois : à Hydra où un autre bateau qui avait son annexe à l’eau nous a aidé à passer notre première amarre (j’ai mis la seconde à la nage) et à Dokos où Anne-Laure a maintenu le bateau au moteur à la bonne position pendant que j’ai porté une amarre à terre en nageant. Au passage, nous avons à bord deux amarres flottantes en polypropylène, ce qui est bien pratique pour ce type de manœuvre, les autres amarres coulent, ce qui complique encore : pendant qu’on nage, l’amarre coule et devient de plus en plus difficile à remorquer.

Les avantages de cette technique de mouillage avec amarre à terre sont multiples :

  • L’ancre est positionnée au milieu de la baie, et la chaîne allongée dans la pente : l’angle sur l’ancre est naturellement favorable à la bonne tenue du mouillage
  • Même si le vent tourne, on ne tourne pas – pas de risque de se retrouver sur les rochers.
  • On peut être très proche du rivage sans problème, ce qui permet de débarquer facilement et de faire du snorkeling autour du bateau
  • On peut mouiller dans des criques très étroites et donc être bien protégé
  • Si le vent souffle fort, quasiment plus de risque de déraper

Bref, que des avantages ! A refaire (dans l’anse de Ster Wen à Belle-Île).

Commentaires

  1. Aurélie Philemy

    Merci pour ce cours de navigation. Je crois que j’ai presque tout compris

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